Illustration
D'après le texte « La chambre » de Gilles Vigneault.
Il n'y avait là, pour tous meubles, qu'une table de bois nu, une chaise et une patère admirablement rare, faite du bois entier d'un cerf autrefois fort agile. La fenêtre donnant sur une forêt de cheminées, de grues, de réservoirs et de tours de contrôle, avait l'air d'une gravure poussiéreuse oubliée là par quelque ancêtre. C'était une chambre qui convenait tout à fait, les jours de pluie. Il restait sur la table, une bouteille de vin à moitié vide et la couverture d'une bible dont les pages avaient été arrachées une à une. La dernière, cependant, restée intacte, portait ces mots: "Je voudrais que ma chambre serve à quelqu'un manquant de solitude et de mélancolie". Ce fut considéré comme son testament. Par ailleurs, n'ayant pas trouvé d’héritier à qui la chambre fut de quelque utilité, le notaire y installa sa nièce qui, après l'avoir meublée une fois pour toutes, y tint avec un succès modéré le plus vieux et le plus fructueux commerce de toute l'histoire du monde.